Chaleur et froid au travail : comprendre les risques thermiques pour mieux se protéger et passer à l’action
À 36 °C WBGT (environ 40 °C ambiant), la capacité de travail chute à 4,0 h sur 8 h, soit environ la moitié du temps de travail perdue à cause de la chaleur (3,4 h de perte imputable spécifiquement au chaud). La WBGT (Wet Bulb Globe Temperature) est un indicateur de contrainte thermique qui tient compte de la température de l’air, mais aussi de l’humidité, du rayonnement thermique et de la circulation de l’air : elle reflète donc mieux le stress réellement subi par l’organisme au travail.
Et côté froid ? Le constat est tout aussi préoccupant : hypothermie, gelures, syndrome de Raynaud, sans oublier un risque d'accident multiplié par les sols glissants et la perte de dextérité. Selon l'INRS, le corps humain se refroidit jusqu'à 25 fois plus vite dans l’eau ou dans un environnement humide que dans l'air sec, une réalité quotidienne pour les équipes en chambres froides ou sur chantiers hivernaux.
WBGT, wet-bulb : de quoi parle-t-on ?
Ces deux termes apparaissent régulièrement dans la presse et les documents techniques sur la chaleur, et on les confond souvent. Ils désignent pourtant deux choses différentes.
Le wet-bulb (Tw), ou température humide, mesure la température la plus basse atteignable par évaporation de l'eau dans l'air. Elle dépend uniquement de la température de l'air et de l'humidité. C'est l'indicateur utilisé par la recherche climatique pour parler des limites de survie humaine : au-delà d'environ 31°C wet-bulb, les travaux récents (Vecellio et al., 2022) montrent qu'un adulte en bonne santé ne peut plus se refroidir efficacement, même au repos et à l'ombre, avec un risque mortel à partir de quelques heures d'exposition.
Le WBGT (Wet-Bulb Globe Temperature) est un indicateur composite, utilisé par l'OIT et les normes ISO pour évaluer la contrainte thermique au travail. Il combine quatre paramètres : température de l'air, humidité, rayonnement (soleil) et vitesse de l'air. C'est lui que les normes de santé au travail utilisent pour fixer des seuils d'alerte opérationnels, modulés selon l'intensité de l'effort et le degré d'acclimatation des travailleurs.
En pratique : le wet-bulb parle de survie physiologique, le WBGT parle d'organisation du travail. Les deux sont utiles, mais ils répondent à des questions différentes, et leurs seuils ne sont pas interchangeables.
Les périodes de vigilance pour adapter les dispositifs et être en capacité d’action pour prévenir les risques sont, pour la chaleur du 1er juin au 15 septembre (Plan National Canicule) et pour le froid du 1er novembre au 31 mars (selon les régions). C’est donc 8 mois et demi sur 12 consacrés à des actions spécifiques contre les risques thermiques pour du travail en extérieur. Pour certains secteurs d’activité en intérieur les risques thermiques sont présents en permanence.
Pour les responsables HSE, ces risques thermiques posent des défis concrets.
- Comment faire respecter le port d'EPI quand vos équipes les jugent inconfortables par 35°C ou encombrants par -10°C ?
- Où placer le curseur réglementaire alors que le Code du travail ne fixe aucun seuil de température précis ?
- Comment anticiper les pics saisonniers sur vos chantiers, entre canicules estivales de plus en plus précoces et vagues de froid imprévisibles ?
- Et surtout, comment adapter les équipements de protection à la diversité de vos métiers et environnements ?


Le cadre réglementaire évolue. Le décret n°2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet, renforce significativement les obligations des employeurs face aux épisodes de chaleur intense. Évaluation des risques dans le DUERP, fourniture d'EPI adaptés, mise à disposition d'au moins 3 litres d'eau fraîche par jour et par travailleur sur les chantiers, procédures d'urgence formalisées : les exigences se précisent. L'inspection du travail peut désormais adresser une mise en demeure avec un délai de 8 jours pour régulariser. Et les contrôles se multiplient : plus de 1 700 interventions menées entre juin et septembre 2024, révélant des situations parfois "alarmantes".
Cet article vous propose un décryptage complet des risques thermiques au travail. Mécanismes physiologiques, obligations réglementaires actualisées, organisation du travail et choix des EPI : nous abordons chaque dimension pour vous permettre de protéger efficacement vos équipes, été comme hiver.
EN APARTÉ : L'angle mort du risque thermique : cognition et collectif
Les impacts de la chaleur sur la santé physique sont bien documentés. Mais un pan entier du risque reste sous les radars de la plupart des politiques de prévention : les effets cognitifs et collectifs de la chaleur. Ils sont pourtant la cause d’une partie des accidents du travail et des pertes de productivité en période de forte chaleur.
Le cerveau sous chaleur : un paradoxe dangereux
La chaleur ne ralentit pas seulement le corps, elle altère aussi les fonctions cognitives. Dès 29,4°C de température ambiante, la performance cognitive se dégrade significativement. Les études mesurent, au-delà de ces seuils, jusqu'à +25% d'erreurs d'inhibition, -15% de précision en mémoire de travail et -30% de performance sur la prise de décision après exposition prolongée.
De surcroit, sous chaleur, le travailleur a tendance à devenir à la fois plus rapide ET moins précis. Le temps de réaction sur tâches simples augmente jusqu'à +17%, mais au prix d'une explosion des "fausses alarmes", c'est à dire des réponses impulsives mal calibrées. Le sujet se sent réactif, efficace, opérationnel. Il ignore que son jugement se dégrade. C'est exactement le profil cognitif qui conduit aux accidents graves : une main qui agit vite sur une décision fausse.
Pour les directions HSE comme pour les DRH, cela change la nature du risque : un accident du travail en période de chaleur n'est pas seulement thermique, il est aussi décisionnel. Et la productivité ne baisse pas seulement parce que les équipes ralentissent : elle baisse parce qu'elles se trompent davantage, et qu'il faut tout reprendre.
L'effet domino sur le collectif
Ce que les études terrain (notamment les expéditions Deep Climate du Human Adaptation Institute, qui ont placé des équipes en environnement chaud extrême pendant 40 jours) ont mis en évidence, c'est que les effets individuels ne restent pas individuels. Sous chaleur prolongée, une chaîne s'enclenche au niveau du groupe :
- Stress et irritabilité augmentent
- La communication s'appauvrit : moins de nuances, plus de friction
- La coopération du quotidien se dégrade
- Les équipes se replient sur des sous-groupes préférentiels
Pour un responsable HSE, cela signifie qu'une politique de prévention purement individuelle (EPI, hydratation, pauses) est nécessaire mais insuffisante. La coordination d'équipe est un actif qui se dégrade sous chaleur. La former, la structurer, outiller les managers pour détecter les signes de fragmentation collective devient un levier de prévention à part entière.
Sources : Human Adaptation Institute **
1. Risques thermiques au travail : de quoi parle-t-on ?


Les risques thermiques au travail désignent l'ensemble des dangers liés à l'exposition des travailleurs à des températures extrêmes, qu'il s'agisse de chaleur intense ou de froid sévère. Ces risques concernent aussi bien les environnements extérieurs (chantiers BTP, travaux agricoles, forestiers) que les postes en intérieur (chambres froides, fonderies, boulangeries industrielles).
Comment le corps réagit-il aux températures extrêmes ?
Le corps humain fonctionne comme une machine thermique dont l'objectif est de maintenir une température centrale stable autour de 37°C. Pour y parvenir, l'organisme dispose de deux mécanismes principaux : la thermogenèse (production de chaleur par le métabolisme et l'activité musculaire) et la thermolyse (dissipation de chaleur par rayonnement, convection, conduction et évaporation).
Face à la chaleur intense, le corps active plusieurs réponses physiologiques : vasodilatation cutanée pour évacuer la chaleur vers la surface de la peau, augmentation de la sudation pour favoriser le refroidissement par évaporation, et accélération du rythme cardiaque pour intensifier la circulation sanguine. Lorsque la température ambiante dépasse 35°C*, seule l'évaporation cutanée permet encore de dissiper l'excès calorique, un mécanisme qui devient inefficace en environnement humide.
* Précision scientifique [35°C] : le vrai verrou physiologique c'est la température humide (wet-bulb) et pas la température sèche. Les travaux de Vecellio et al. (2022) ont mesuré empiriquement que le seuil de survie chez le jeune adulte sain se situe autour de 30,6 à 31°C wet-bulb (et non 35°C comme le prédisaient les modèles théoriques classiques), avec un risque mortel à environ 6h d'exposition, même au repos et à l'ombre. C'est ce qui explique pourquoi les canicules humides tuent plus que les sèches à température équivalente.
Face au froid intense, l'organisme réagit par vasoconstriction périphérique (réduction du flux sanguin vers les extrémités pour préserver les organes vitaux), frissons (contractions musculaires involontaires générant de la chaleur) et augmentation du métabolisme basal. Selon le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST), le corps humain perd sa chaleur jusqu'à 25 fois plus rapidement dans l'eau ou en milieu humide que dans l'air sec, une donnée essentielle pour les équipes travaillant en extérieur par temps pluvieux ou dans des environnements humides.
Les pathologies liées à la chaleur
L'exposition prolongée à des températures élevées peut provoquer un spectre de troubles allant du simple inconfort à l'urgence vitale :
- Crampes de chaleur : spasmes musculaires douloureux liés à la perte de sels minéraux par la transpiration.
- Épuisement thermique : fatigue intense, céphalées, nausées, transpiration abondante, température corporelle entre entre 38,5°C et 40°C (selon les normes ISO 9886 et l’OMS)
- Coup de chaleur : urgence médicale caractérisée par une température centrale supérieure à 40°C, une peau chaude et sèche (signe de l'épuisement des capacités sudoripares), et des troubles neurologiques (confusion, convulsions, perte de conscience).
Le coup de chaleur d'effort, qui survient brutalement chez des sujets actifs en bonne santé, représente un risque majeur pour les travailleurs du BTP, de l'agriculture ou de l'industrie. Selon le Manuel MSD, la rhabdomyolyse (destruction des fibres musculaires) est fréquente dans ces cas, avec un risque élevé de lésion rénale aiguë et de coagulopathie.




Les pathologies liées au froid
Le travail en environnement froid expose à des risques tout aussi sérieux :
- Gelures : lésions tissulaires localisées touchant principalement les extrémités (doigts, orteils, nez, oreilles). Elles surviennent lorsque les tissus gèlent, provoquant des dommages cellulaires irréversibles dans les cas graves.
- Syndrome de Raynaud : diminution de l'irrigation sanguine des doigts caractérisée par leur pâleur et des douleurs d'intensité variable.
- Hypothermie : baisse de la température corporelle en dessous de 35°C. Les symptômes progressent des frissons intenses vers la confusion mentale, la somnolence, puis le coma. Selon le Manuel Merck, l'hypothermie sévère (température inférieure à 28°C) présente un taux de mortalité de 20 à 50%.
Le froid aggrave également d'autres risques professionnels : perte de dextérité manuelle augmentant les erreurs de manipulation, sols glissants favorisant les chutes, et troubles musculo-squelettiques exacerbés par la raideur articulaire.
Quels secteurs et métiers sont les plus exposés ?


Les risques thermiques concernent une grande diversité de secteurs d'activité :
Exposition à la chaleur :
- BTP et construction : travaux en extérieur, couverture, pose d'enrobés, maçonnerie
- Agriculture et viticulture : travaux des champs, vendanges, récoltes
- Industrie : fonderies, verreries, aciéries, boulangeries industrielles, blanchisseries
- Logistique : entrepôts non climatisés, chargement/déchargement en plein soleil
- Restauration : cuisines professionnelles
Exposition au froid :
- Agroalimentaire : chambres froides, entrepôts frigorifiques, transformation de viande
- BTP et construction : chantiers extérieurs, travaux de voirie
- Logistique du froid : transport frigorifique, préparation de commandes en environnement réfrigéré
- Forestier et élagage : travaux en extérieur par temps froid
- Pêche et aquaculture : exposition combinée au froid et à l'humidité
Le facteur aggravant : le manque d'acclimatation


L'acclimatation, capacité du corps à s'adapter progressivement aux conditions thermiques, joue un rôle crucial dans la prévention des accidents. Ce processus nécessite 8 à 12 jours d'exposition progressive pour être efficace, mais disparaît totalement après seulement 8 jours sans exposition.
Cette donnée explique pourquoi les premiers épisodes de chaleur de la saison sont particulièrement dangereux, et pourquoi les travailleurs de retour de congés ou les nouveaux embauchés présentent un risque accru. Selon Osha (Occupational Safety and Health Administration), près de la moitié des décès liés à la chaleur surviennent le premier jour de travail d'un travailleur ou le premier jour de retour au travail après une absence prolongée, et plus de 70 % des décès liés à la chaleur surviennent au cours de la première semaine de travail.
2. Réglementation et mesures concrètes contres les risques thermiques: ce que vous devez mettre en place
Le décret n°2025-482 du 27 mai 2025 a créé un cadre spécifique pour la protection contre la chaleur, avec des obligations précises et des moyens de contrôle renforcés. Côté froid, les obligations restent plus générales mais tout aussi impératives. Voici ce que vous devez savoir et, surtout, ce que vous devez faire.


Ce qui change avec le décret chaleur 2025
Entré en vigueur le 1er juillet 2025, le décret n°2025-482 lie désormais vos obligations aux niveaux de vigilance Météo-France :
| Niveau | Signification | Ce que vous devez faire |
|---|---|---|
| Jaune | Pic de chaleur (1-2 jours) | Activer les mesures préventives définies dans le DUERP |
| Orange | Canicule | Renforcer les mesures + surveillance accrue des équipes |
| Rouge | Canicule extrême | Réévaluation quotidienne + arrêt possible des activités à risque |
Point clé : le décret ne fixe pas de température seuil. Cependant, l'INRS considère qu'au-delà de 30°C pour une activité sédentaire et 28°C pour un travail physique, la chaleur constitue un risque. Un danger réel est reconnu dès 33°C.
Pour le travail au froid, aucun chapitre dédié n'existe encore, mais l'article R. 4223-13 impose de maintenir les locaux à une "température adaptée" et l'article R. 4225-1 exige de protéger les travailleurs extérieurs contre les effets des conditions atmosphériques. L'INRS considère qu'il y a travail au froid en dessous de 15°C.
Vos 5 obligations incontournables


1. Évaluer et documenter les risques thermiques
Intégrez les risques liés à la chaleur ET au froid dans votre DUERP. Identifiez :
- Les postes exposés (travail extérieur, proximité de sources de chaleur/froid, effort physique)
- Les facteurs aggravants (EPI étanches, isolement, horaires défavorables)
- Les travailleurs vulnérables (âge, pathologies, traitements médicamenteux, grossesse, nouveaux embauchés non acclimatés)
2. Garantir l'accès à l'eau et aux locaux adaptés
- Chaleur : eau potable ET fraîche à proximité des postes. Minimum obligatoire : 3 litres/jour/travailleur sur les chantiers BTP en l'absence d'eau courante
- Froid : accès à un local chauffé pour les pauses, boissons chaudes à disposition
- Prévoir des moyens pour maintenir l'eau au frais (glacières) ou au chaud (thermos) selon la saison
3. Adapter l'organisation du travail
En période de chaleur :
- Décaler les horaires : démarrage dès 6h, fin avant 14h si possible
- Éviter le travail entre 11h et 16h pour les tâches physiques extérieures
- Augmenter la fréquence des pauses : toutes les heures en vigilance orange, toutes les 45 min en vigilance rouge
- Reporter les tâches physiques intenses aux heures fraîches
En période de froid :
- Planifier les interventions extérieures aux heures les plus clémentes
- Limiter le temps d'exposition continu, prévoir des rotations
- Pauses régulières en local chauffé (20°C minimum)
4. Fournir les EPI adaptés
Le décret impose la fourniture d'équipements permettant de "limiter ou compenser les effets des fortes températures". Nous détaillerons ce point dans la partie suivante.
5. Former et définir les procédures d'urgence
L'article R. 4463-6 impose de formaliser :
- Les modalités de signalement des malaises (qui prévenir, comment, dans quels délais)
- Les procédures de secours, notamment pour les travailleurs isolés
- La formation des équipes aux signes d'alerte et aux gestes de premiers secours
Vos 5 obligations incontournables


L'acclimatation nécessite 8 à 12 jours d'exposition progressive et disparaît après 8 jours sans exposition. Cette donnée explique pourquoi les premiers épisodes de chaleur et les retours de congés sont particulièrement dangereux.
Actions concrètes :
- Montée en charge progressive sur 10-15 jours pour les nouveaux arrivants
- Affectation temporaire des salariés de retour de congés à des postes moins exposés
- Surveillance renforcée des intérimaires et saisonniers
- Information systématique sur ce risque méconnu
Travailleurs vulnérables : une vigilance obligatoire
Le décret impose d'adapter les mesures pour les salariés vulnérables, en coordination avec le service de prévention et de santé au travail. Sont concernés :
- Âge : < 25 ans ou > 50 ans → surveillance renforcée, pauses supplémentaires
- Pathologies : diabète, maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale → aménagement de poste, suivi médical
- Traitements : diurétiques, bêta-bloquants, neuroleptiques → coordination avec le médecin du travail
- Grossesse → éviction des postes exposés, télétravail privilégié
Procédures d'urgence : les réflexes qui sauvent
Signes d'alerte à connaître :
| Coup de chaleur (urgence vitale) | Hypothermie |
|---|---|
| Température > 39°C | Frissons intenses puis disparition |
| Peau chaude, rouge, sèche | Peau froide et pâle |
| Confusion, propos incohérents | Confusion, somnolence |
| Maux de tête violents, nausées | Difficultés d’élocution |
Conduite à tenir :
- Alerter immédiatement les secours (15 ou 112)
- Mettre la victime à l'abri (ombre/fraîcheur ou abri du froid)
- Chaleur : déshabiller, asperger d'eau fraîche, ventiler
- Froid : retirer vêtements mouillés, réchauffer progressivement (couverture de survie)
- Si consciente : faire boire (eau fraîche ou boisson chaude selon le cas)
Sanctions : ce que vous risquez
En cas de manquement, l'inspection du travail peut :
- Adresser une mise en demeure avec 8 jours pour régulariser
- Dresser un procès-verbal transmis au Procureur
- Engager des poursuites pour mise en danger d'autrui (jusqu'à 15 000€ d'amende, 75 000€ pour les personnes morales, 1 an d'emprisonnement)
Durant l'été 2024, plus de 1 700 contrôles ont révélé des situations "alarmantes" : absence d'eau potable, travaux physiques sous températures extrêmes, aucun aménagement des horaires.
3. Choisir les EPI adaptés aux conditions thermiques extrêmes
Le décret 2025-482 impose la fourniture d'équipements de protection individuelle "permettant de limiter ou de compenser les effets des fortes températures". Mais au-delà de l'obligation réglementaire, le choix des bons EPI thermiques conditionne directement l'acceptation par vos équipes et donc l'efficacité de votre politique de prévention. Voici comment sélectionner les équipements adaptés à chaque situation.
Les normes à connaître
Avant de choisir vos EPI thermiques, familiarisez vous avec les principales normes européennes :
Protection contre le froid :


| Norme | Application | Caractéristiques |
|---|---|---|
| EN 14058 (vêtements) | Environnements frais (≥ -5°C) | Protection contre le froid modéré, idéale pour l’alternance intérieur/extérieur |
| EN 342 (vêtements) | Froid extrême (< -5°C) | Isolation renforcée, protection intégrale pour chambres froides, chantiers hivernaux |
| EN 343 (vêtements) | Intempéries | Protection contre la pluie, la neige, le brouillard |
| EN 511 (gants) | Environnements froids (air froid, contact avec objets froids) | Protection des mains contre le froid convectif, le froid de contact et l’humidité (travail extérieur, chambres froides, manutention d’objets froids) |
| EN ISO 20345 CI (Cold Insulation) (chaussures) | Environnements froids | Isolation de la semelle contre le froid pour limiter la perte de chaleur du pied |
Protection contre la chaleur :
La plupart des normes relatives à l’exposition à la chaleur concernent surtout la chaleur de contact, afin de protéger la peau contre les brûlures. En revanche, certaines normes et exigences permettent malgré tout de prévenir les risques liés aux conditions extérieures extrêmes, notamment l’exposition accrue aux UV.


| Norme | Application | Caractéristiques |
|---|---|---|
| EN 13758-2 (vêtements) | Rayonnement UV | Protection contre les rayonnements solaires (indice UPF) |
| EN 172 (lunettes) | Rayonnement solaire intense en milieu industriel | Filtres solaires pour usage industriel (codes 5 = anti-éblouissement, code 6 = anti-éblouissement + protection infrarouge). |
| EN 170 (lunettes) | Rayonnement ultraviolet (UV) | Filtres UV pour les environnements exposés aux UV artificiels (lampes, arcs de soudage non intentionnels...) |
EPI contre la chaleur : privilégier la respirabilité
En période de forte chaleur, l'enjeu est double : protéger du rayonnement solaire tout en permettant l'évacuation de la transpiration. Un EPI trop isolant ou non respirant aggrave le stress thermique au lieu de le réduire.
Vêtements de travail adaptés :
- Tissus techniques clairs et respirants : privilégiez les matières légères qui évacuent l'humidité (polyester technique, coton aéré)
- Couleurs claires : elles réfléchissent le rayonnement solaire contrairement aux couleurs sombres qui l'absorbent
- Coupe ample : favorise la circulation de l'air et l'évaporation de la transpiration
Vestes et gilets refroidissants :
- Gilets rafraichissants : il y a plusieurs systèmes :
- Le produit est directement à passer sous l’eau pour activé l’effet rafraichissant.
- Les poches contiennent des packs de gel à placer au congélateur (efficaces 2 à 4 heures).
- Le produit est à remplir d’eau pour un effet prolongé.
- Vestes à circulation d'eau : système actif plus performant mais plus coûteux, adapté aux environnements industriels très chauds
Protection de la tête :
- Casques : obligatoire sur les chantiers, il est recommandé d'opter pour un modèle aéré (si l'analyse des risques le permet), éventuellement équipé d'un protège-nuque ou d'accessoires rafraîchissants sous casque.
- Casquettes à longue visière avec protège-nuque : pour les postes ne nécessitant pas de casque de sécurité
- Bandanas, serviettes et tours de cou rafraîchissants : à tremper dans l'eau, ils maintiennent la fraîcheur par évaporation.
Protection des yeux :
- Lunettes de protection normées EN 172 : pour le travail en extérieur
- Écrans faciaux teintés : pour les postes exposés au rayonnement intense




EPI contre le froid : le système multicouche
Pour le travail au froid, la stratégie des 3 couches reste la plus efficace. Elle permet de moduler la protection selon l'effort et les conditions.
Couche 1 - Base (respirante) :
- Sous-vêtements techniques en laine mérinos ou fibres synthétiques
- Fonction : évacuer la transpiration pour garder la peau sèche
- À éviter absolument : le coton, qui absorbe l'humidité et refroidit le corps
Couche 2 - Isolation (thermique) :
- Polaires techniques : légères, respirantes, sèchent rapidement
- Doudounes fines et softshells avec isolation synthétique : conservent leur pouvoir isolant même humides
- Fonction : emprisonner la chaleur corporelle
Couche 3 - Protection (externe) :
- Vestes coupe-vent et imperméables avec membrane respirante
- Parkas de travail normées EN 342 pour le froid extrême
- Fonction : protéger du vent, de la pluie et de la neige tout en laissant respirer
Protection des extrémités (critique) :
La tête et le cou peuvent évacuer jusqu'à 20 à 30% de la chaleur corporelle s’ils sont découverts. Les mains et les pieds, mal irrigués par temps froid, sont les premières victimes.
- Tête : bonnet, cagoule, casque avec doublure amovible
- Mains : gants isolants adaptés au métier (compatibles écrans tactiles), potentiellement chauffants en fonction des secteurs.
- Pieds : chaussures de sécurité isolantes, chaussettes techniques (éviter le coton) et/ou chauffantes.
- Cou : tour de cou (chauffants également), col montant
Concilier protection thermique et autres risques
Le défi majeur pour le responsable HSE : les EPI thermiques doivent rester compatibles avec les autres protections requises par le poste.
Points de vigilance :
- Gants isolants + dextérité : pour les travaux de précision, privilégiez les sous-gants fins sous des gants de protection
- Vêtements chauds + haute visibilité : optez pour des parkas ou vestes combinant isolation et bandes réfléchissantes (EN ISO 20471)
- Protection thermique + risque chimique : vérifiez la compatibilité des matériaux
- Casque + protection thermique : utilisez des doublures amovibles ou des bonnets sous-casque
Cas particulier des EPI étanches : Les vêtements de protection chimique ou les combinaisons imperméables empêchent l'évaporation de la transpiration. En période de chaleur, ils constituent un facteur aggravant majeur. Prévoyez des pauses plus fréquentes et une hydratation renforcée pour les porteurs de ces équipements.
Concilier protection thermique et autres risques
Un EPI non porté ne protège pas. L'inconfort thermique est l'une des premières causes de non-port des équipements de protection.
Freins identifiés et solutions :
| Frein | Solution |
|---|---|
| "C'est trop chaud, je transpire" | Proposer des EPI respirants, adapter les horaires, augmenter les pauses |
| "C'est trop encombrant" | Choisir des modèles ergonomiques, faire essayer plusieurs références |
| "Ça gêne mes mouvements" | Opter pour des coupes articulées, des matières stretch |
| "C'est inconfortable" | Impliquer les équipes dans le choix, tester avant de généraliser |
Bonnes pratiques :
- Impliquer les utilisateurs dans le choix des EPI (tests terrain, retours d'expérience)
- Former à l'utilisation correcte : un EPI mal porté perd son efficacité
- Renouveler régulièrement : un équipement usé protège moins bien
- Montrer l'exemple : l'encadrant doit porter les EPI
- Anticiper les commandes afin d’éviter les ruptures de stocks
4. Passer à l’action : votre checklist risques thermiques, les 9 points clés et leur base réglementaire
Checklist de conformité
Voici une checklist complète qui récapitule l’ensemble des actions de vigilance, de prévention et de correction, avec pour chacune leur base réglementaire ou recommandation par des institutions publiques.


✅ 1-DUERP mis à jour avec section risques thermiques (chaleur ET froid)
✅ 2-Veille météo quotidienne organisée (mai-septembre / novembre-mars)
✅ 3-Chaleur ou froid, quels dispositifs prévoir ?
✅ 4-Planning horaires adaptables défini
✅ 5-EPI thermiques commandés et distribués
✅ 6-Procédures d'urgence formalisées et affichées
✅ 7-Personnel formé aux signes d'alerte
✅ 8-Travailleurs vulnérables identifiés et mesures adaptées
✅ 9-Traçabilité des mesures prises en cas de vigilance
En bonus dans cette checklist, accédez aux ressources OPPBTP pour contrer les effets de la chaleur sur les chantiers :
- Fortes chaleurs et effets caniculaires sur les chantiers - Guide de préconisations
EPI contre la chaleur : privilégier la respirabilité
Les risques thermiques au travail ne sont plus des aléas à gérer dans l'urgence, mais des paramètres à intégrer durablement dans votre politique de prévention. Le réchauffement climatique intensifie les épisodes de chaleur, tandis que les vagues de froid restent imprévisibles. Dans ce contexte, le renforcement du cadre réglementaire avec le décret 2025-482 n'est pas une contrainte supplémentaire : c'est une opportunité de structurer une démarche cohérente et efficace.
Les points clés à retenir :
- Évaluez et documentez les risques thermiques dans votre DUERP, pour la chaleur comme pour le froid
- Organisez la veille météorologique et définissez des mesures graduées selon les niveaux de vigilance
- Adaptez l'organisation du travail : horaires, pauses, rotation des tâches, gestion de l'acclimatation
- Équipez vos équipes avec des EPI adaptés, en privilégiant le confort et la respirabilité pour favoriser le port effectif
- Formez et sensibilisez aux signes d'alerte et aux gestes de premiers secours
- Portez une attention particulière aux travailleurs vulnérables, en coordination avec le service de santé au travail
La protection contre les risques thermiques est l'affaire de tous : employeurs, encadrants, préventeurs et salariés. En anticipant plutôt qu'en subissant, vous protégez la santé de vos équipes tout en préservant la continuité de votre activité.
Besoin d'un accompagnement personnalisé ? Nos experts Groupe RG sont à votre disposition pour analyser vos besoins, vous conseiller sur les EPI les mieux adaptés à vos environnements de travail et former vos équipes. Parce que le bon EPI pour le bon métier, c'est notre expertise depuis plus de 35 ans.




Cet article a été réalisé en collaboration avec l'OPPBTP et a bénéficié de l'éclairage du Human Adaptation Institute sur les aspects physiologiques et comportementaux liés aux vagues de chaleur. Pour approfondir : adaptation-institute.com