Troubles musculosquelettiques en entreprise : ce que révèlent les chiffres et ce que vivent vraiment vos équipes

Les troubles musculosquelettiques touchent 86% des salariés français. C'est le chiffre que révèle l'étude IFOP réalisée pour Percko en décembre 2022 auprès de 1 004 salariés représentatifs. Et pourtant, la moitié de ces douleurs ne remontent jamais jusqu'au responsable HSE. Non pas parce qu’elles sont anodines, mais parce que les salariés n’osent pas en parler, alors même que leurs conséquences sont bien réelles au quotidien.

C'est là que réside le vrai défi des TMS en entreprise : un manque de visibilité sur ce qui se passe vraiment sur le terrain. Les indicateurs de sinistralité ne montrent qu'une fraction du problème. Les douleurs silencieuses, les gestes compensatoires, les équipes qui tiennent à bout de bras échappent aux tableaux de bord.

La bonne nouvelle ? Les TMS ne sont pas une fatalité. Des leviers concrets, accessibles et prouvés existent pour les faire reculer durablement. Cet article est là pour vous en donner les clés : connaître les vrais chiffes, comprendre ce que vivent vraiment vos équipes, identifier les causes profondes, et passer à l'action avec des solutions qui fonctionnent.


TMS, définition : Les troubles musculosquelettiques (TMS) désignent les douleurs, gênes ou atteintes qui touchent les muscles, tendons, nerfs, ligaments et articulations, souvent à cause de gestes répétés, de postures contraignantes, d’efforts physiques ou de vibrations.

1) Ce que les chiffres 2024 révèlent vraiment sur les TMS

Le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie – Risques professionnels est sans ambiguïté : sur les 50 598 maladies professionnelles reconnues, 9 sur 10 sont des TMS (88% exactement), en hausse de 6,6 % sur un an. C'est la première fois en dix ans que le seuil des 50 000 maladies professionnelles est franchi.

Mais ces chiffres officiels ne racontent qu'une partie de l'histoire. Selon Santé publique France, la sous-déclaration des TMS est estimée entre 50% et 75%. Les TMS de l'épaule atteignent un taux de sous-déclaration de 72%, le syndrome du canal carpien entre 55% et 60% (source : Santé Publique France).

Un seul cas de TMS coûte en moyenne 21 300 € en coûts “directs” : soins médicaux indemnités journalières, capitaux et rentes qui impactent directement les hausses du taux de cotisation des entreprises. S’ajoutent des coûts “indirects” imputées directement à l’entreprise : absences répétées, baisse de motivation, désorganisation, remplacement, perte de savoir-faire. Ces coûts sont estimés jusqu’à 5 fois le montant des coûts directs (source : Références en santé au travail - INRS, mars 2021 et Assurance Maladie).

Ce que cela signifie concrètement pour un responsable HSE : des indicateurs stables ne signifient pas que la situation s'améliore. Les remontées terrain, les questionnaires anonymes et les échanges réguliers avec la médecine du travail sont des compléments indispensables aux données AT/MP (Accidents de Travail / Maladies Professionnelles)

2) Troubles musculosquelettiques : ce que vivent vraiment vos équipes

L'étude IFOP de 2022 dresse un tableau saisissant du vécu des salariés :

  • 86% souffrent d'au moins un TMS (contre 72% en 2010).
  • 77% attribuent ces douleurs à leur activité professionnelle.
  • 69% ont mal au dos, 58% aux épaules ou à la nuque, 38% au genou.
  • 33% souffrent du dos au moins une fois par semaine.

Ce qui frappe le plus, c'est le silence : 42% des salariés souffrant du dos n'ont pas osé demander un arrêt alors qu'ils auraient dû. Ce chiffre grimpe à 60% chez les plus modestes, 62% chez ceux qui souffrent quotidiennement. La raison principale : la peur d'être perçu comme fragile, de ralentir l'équipe, de fragiliser son poste.

L’impact des TMS associé à ce silence a des conséquences qui dépassent largement le physique comme le montre ces chiffres.

Un salarié qui souffre en silence est un salarié dont l'engagement s'effrite progressivement, invisiblement.

39% estiment que leur gêne est sous-estimée par leurs manager : 44% dans le BTP, 42% dans l'industrie. Ce décalage de perception est au cœur du problème : tant que la douleur ne remonte pas, aucune action de prévention ne peut être déclenchée au bon moment.

Un silence assourdissant

Comme évoqué en introduction, l’étude IFOP réalisée auprès de 1 004 salariés révèle que 86 % d’entre eux souffrent d’au moins un trouble musculosquelettique. Pourtant, si ces douleurs s’expriment dans le cadre d’une enquête, elles sont bien plus rarement signalées à l’employeur. Ce silence s’explique par plusieurs mécanismes. D’abord, la douleur est souvent banalisée : beaucoup de salariés finissent par considérer l’inconfort, les tensions ou les douleurs comme une conséquence normale de leur travail.

À cela s’ajoute la peur du jugement, avec la crainte d’être perçu comme moins solide, moins endurant ou moins apte à tenir son poste. Certains redoutent aussi les conséquences concrètes sur leur travail, qu’il s’agisse d’une mise à l’écart, d’un changement de mission ou d’une fragilisation de leur position dans l’équipe. D’autres n’en parlent pas parce qu’ils pensent que cela ne changera rien, surtout lorsque les contraintes de terrain paraissent installées et difficiles à faire évoluer.

Enfin, la déclaration intervient souvent tardivement, lorsque le TMS est déjà installé, que la douleur s’est aggravée et que les marges d’actions correctives ou préventives sont plus réduites. Une culture d’entreprise ouverte à l’écoute et au dialogue permanent est l’un des leviers qui permettrait de faire remonter plus facilement les difficultés des salariés.

3) Quatre causes à traiter ensemble, pour un impact sur les TMS

Les TMS résultent de la combinaison de quatre familles de facteurs (source : INRS). Agir sur une seule produit des résultats limités. L'efficacité vient de leur traitement combiné.

Biomécaniques : gestes répétitifs, postures contraignantes, manutention manuelle (~50% des AT), vibrations. C’est la cause la plus visible mais pas la seule.

Organisationnels : cadences élevées, absence de rotation des tâches, temps de récupération insuffisant. 56% des salariés portant systématiquement des charges lourdes souffrent du dos chaque semaine. Ce n'est pas seulement la charge qui fait le dommage, c'est l'impossibilité de récupérer entre deux sollicitations.

Psychosociaux : stress, pression temporelle, manque d'autonomie, déficit de reconnaissance. Les affections psychiques reconnues en Maladie Professionnelle ont progressé de 9% en 2024. TMS et risques psychosociaux se nourrissent mutuellement. Les traiter séparément revient à ne traiter ni l'un ni l'autre.

Environnementaux : postes non ajustables, outils inadaptés, températures extrêmes. 47% des salariés jugent insuffisante la participation de leur entreprise au matériel ergonomique, jusqu’à 60% chez les télétravailleurs. Un poste mal conçu amplifie toutes les autres contraintes.

4) Des populations plus touchées par les TMS que d’autres

Trois profils cumulent les facteurs d'exposition et exigent des réponses adaptées.

Les femmes

Les femmes représentent 55% des TMS reconnus pour 47% de l'emploi salarié. 90% des femmes salariées souffrent d'au moins un TMS (contre 82% des hommes).

Voici une répartition des TMS entre hommes et femmes qui s’explique généralement en raison des expositions de métiers différents (source : rapport annuel 2024 - Assurance Maladie). Par exemple, les métiers féminisés comme la santé, l’aide à la personne, ou le nettoyage exposent à des contraintes souvent invisibilisées.


Les secteurs et métiers les plus exposés

Rappelons que les TMS sont causés par des gestes répétés, des postures contraignantes, des efforts physiques ou des vibrations. Dans cette perspective, des populations de salariés sont plus exposés. Les secteurs, les métiers, les contextes professionnels et cultures d’entreprise ont un impact direct sur l’exposition au risque des TMS.

Quels sont les 5 secteurs les plus exposés ?


L’âge, le facteur aggravant

L’âge est également un facteur important. Alors que les capacités fonctionnelles diminuent avec l’avancée en âge, les plus de 50 ans présentent une prévalence élevée de TMS (Source : Référence en santé au travail - INRS). L’allongement de l’âge de départ à la retraite augmentera mécaniquement l’exposition et la part des populations touchées par les TMS.

Voici un exemple frappant de la pyramide des âges des maladies professionnelles qui est sans appel sur le constat de l’âge.

Répartition des Maladies Professionnelles par âge selon le sexe – année 2023 (Rapport Assurance Maladie 2024)

L'article L.4121-3 du Code du travail impose d'intégrer une analyse différenciée selon le genre dans le DUERP. L'ANACT a publié en 2025 un guide méthodologique pour accompagner cette démarche, un levier de progrès considérable.

5) Les solutions concrètes qui fonctionnent sur les TMS

C'est ici que tout se joue. Les entreprises qui font reculer leurs TMS ne le font pas avec une seule action, elles combinent plusieurs leviers de manière cohérente et durable.

Réorganiser le travail avant de corriger le geste

Rotation des tâches pour varier les sollicitations musculaires, adaptation des cadences pour laisser au corps le temps de récupérer, intégration de pauses actives toutes les heures. Dans une PME industrielle, un plan combinant audit ergonomique, formation pratique et acquisition de chariots de manutention a permis de réduire les arrêts liés aux TMS de 28% en douze mois (source : Agir et Entreprendre).

Aménager les postes de travail

Tables élévatrices, chariots à niveau constant, bras manipulateurs, postes assis-debout, outils à faibles vibrations. L'introduction de tables élévatrices et d'un système rotatif dans une entreprise logistique a entraîné une baisse de 40% des plaintes TMS en moins de six mois (source : Thierry Philip).

Intégrer les exosquelettes passifs

Selon l'INRS, ils permettent de réduire l'effort des muscles lombaires de 10 à 60% en moyenne. Légers, réglables, compatibles avec les EPI existants, ils se déploient sans infrastructure spécifique, en logistique, industrie, BTP, agriculture… Ils ne remplacent pas une démarche ergonomique globale, mais constituent un complément efficace pour les postes les plus exposés (source : INRS).

Former à tous les niveaux

Les salariés exposés (signaux d'alerte, bonne utilisation des EPI, gestes adaptés), les managers de proximité (détection des signaux faibles, ouverture du dialogue), les nouveaux embauchés et intérimaires (accueil sécurité renforcé, tutorat). La régularité fait la différence : des rappels pédagogiques bimensuels et des checklists quotidiennes de sécurité ont contribué à des réductions mesurables de la sinistralité dans plusieurs secteurs.

Exploiter le DUERP comme outil vivant

Moins de 50% des entreprises de moins de 150 salariés en disposent d'un à jour. Il doit intégrer spécifiquement les risques TMS, inclure une analyse différenciée (genre, ancienneté, contrat) et déboucher sur un plan d'actions concret avec responsables et délais.

Mobiliser les aides disponibles et mesurer le retour

Ces investissements sont rentables : chaque euro dépensé en prévention génère en moyenne 2,2 € de gains : moins d'accidents, moins d'arrêts, meilleure productivité (source : Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail). Des entreprises ayant investi dans des programmes ergonomiques complets ont vu leur absentéisme lié aux TMS chuter de 50% en moins d'un an. Le programme TMS Pros de l'Assurance Maladie a déjà accompagné plus de 15 000 entreprises et vise 9 000 nouveaux établissements d'ici 2028. Deux aides concrètes : TMS Pros Action (jusqu'à 50% de financement, plafond 25 000 €) pour les équipements ergonomiques, TMS Pros Diagnostic (jusqu'à 70%) pour l'évaluation et le plan d'actions. Le Fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle (Fipu) a mobilisé 44 millions d'euros pour financer la prévention des TMS, dont 70% fléchés vers les moins de 49 salariés (source : Bulletins Paie).

6) Le cadre réglementaire appelle à agir maintenant contre les TMS

L'instruction conjointe du 10 juillet 2025 a durci la politique pénale en matière de santé au travail : les inspecteurs du travail verbalisent désormais sans attendre qu'un accident survienne les défaut de formation, l’absence d'EPI ou encore le défaut de protection des jeunes et intérimaires (source : Focus RH). La transaction pénale est systématisée, la réponse pénale renforcée en cas d'accident grave.

L'obligation de sécurité de résultat (article L.4121-1 du Code du travail) impose à l'employeur de démontrer qu'il a évalué les risques, formé les salariés, fourni les EPI adaptés et organisé le travail en conséquence. DUERP à jour, traçabilité des formations, port effectif des EPI : autant de points de vigilance prioritaires.

TMS : Prendre les mesures aujourd’hui pour préserver demain

Réduire les TMS ne se résume pas à choisir un produit dans un catalogue. C'est un travail d'analyse, de prescription et d'accompagnement qui exige une connaissance fine des métiers et des risques terrain.

Leader français de la distribution spécialisée d'EPI, Groupe RG accompagne ses clients avec un principe fondateur : le bon EPI pour le bon métier. Nos experts réalisent des audits de postes de travail par métier, prescrivent les équipements les plus adaptés aux plans de prévention et assurent une veille technique permanente sur les innovations en ergonomie et confort, parce qu'un équipement inconfortable est un équipement qui ne sera pas porté.

Bien conseillé, mieux protégé.